Arrête de me coller des étiquettes !!!

Arrête de me coller des étiquettes !!!

fullsizerender-14Récemment, au cours d’une discussion sur l’orientation professionnelle, un jeune homme m’expliquait avoir eu l’impression d’être devenu la personne qu’enfant il méprisait. Il avait à l’époque, une vision très manichéenne des choses : soit t’es un bon, soit t’es un nul, en d’autres termes t’es un boloss ou populaire (oui je sais c’est trop swag d’être trendy !).

Une vision qui correspond à un état d’esprit fixe (pour ceux qui ont lu l’article à ce propos), pensant que les choses sont inéluctables et qu’au final nous sommes condamnés à être ce que les autres nous donnent à voir de nous-mêmes, et plus encore qu’il nous faut réussir pour être acceptés, ne pas montrer ses faiblesses et ses incompréhensions.

Quand un enfant a des facilités, il arrive que ses parents s’en accommodent et montrent parfois un intérêt modéré à ce qu’il réalise, parce que de toute manière “il est doué”, il ira loin c’est certain, c’est un enfant “intelligent”, “autonome”, “facile”… Les succès de cet enfant sont “attendus”, “normaux”, “légitimes”, les encouragements sont inexistants puisque de toutes façons il n’en pas besoin, il est “bon”, voire “le meilleur”… Comme si tout ça était écrit, gravé dans la pierre, lui était né “avec”…

Cependant, du jour au lendemain l’enfant “prodige” peut s’écrouler puisqu’en étant “parfait” il n’obtient que peu d’intérêt, voyons ce qui se passerait s’il faisait différemment… Et bien rien ne change, parce que la descente est progressive, c’est une succession d’étapes plus négatives les unes que les autres auxquelles l’entourage et l’adolescent s’habituent.

Que se passe-t-il alors ? L’adolescent devient “fainéant”, “nul”, “inadapté” et le système dit classique, le pousse gentiment de côté. On ne peut plus rien en tirer, au fond c’est son choix, et s’il le voulait il n’aurait qu’à changer. Quoi de plus simple après tout ? Se remettre au boulot, apprendre ses leçons, écouter en classe, se positionner comme avant. Mais tout individu ayant été dans cette configuration sait pertinemment que c’est une entreprise vaine si personne ne vous tend la main. Etant donné que vous êtes étiqueté “mauvais”, “pas intéressé/ant”, “inconséquent”, le jour ou vous souhaitez enclencher ce changement vous amusez la galerie. Il est inenvisageable pour le classe que vous vous soyez réveillé avec une once de motivation et l’envie de vous sortir de ce marasme.

De ce fait rien ne change, vous vous sentez coincé dans ce rôle que tout le monde pense que vous avez construit de votre propre chef. Certes vous n’y êtes pas pour rien, mais les autres ont fait beaucoup, ils vous ont décoré d’étiquettes, de mots vous décrivant, qui de ce fait façonnent l’image qu’il vont choisir de voir chez vous. Nous sommes tous victimes de l’étiquetage qui  nous pousse à avoir un type de comportement plutôt qu’un autre. Je vous pense intelligent, je vous le dis, il y a des chances que vous vous comportiez intelligemment à la suite du regard et de l’étiquette que j’ai posé sur vous.

Nous abusons de l’étiquetage au quotidien, car c’est une technique manipulatoire qui fonctionne à merveille. Si je vous dis que vous êtes comme ça et que vous me faites confiance, vous adopterez le comportement en question. Et c’est là où les parents et professeurs oublient souvent l’influence qu’ils ont dans la vie des enfants. Beaucoup se plaignent de ne pas être écouté et paradoxalement passe le plus clair de leur temps à les dénigrer…

Nous finissons par internaliser des actions que nous pensons normales et qui ont été en réalité fixées par les attentes sociales que nous percevons chez les autres. Il y aurait donc un paradoxe dans le fait de chercher à être, puisque c’est également être soi dans le regard de l’autre, et c’est ce regard qui nous incite à avoir un soi en accord avec ce qu’il pense de nous… Encourageant, non ?

Mais que faire alors ? Et si nous ne jugions que des comportements, que des actions et non l’individu au travers de ce qu’il fait. “Bravo, tu as résolu ce problème intelligemment”, à l’inverse, “je n’ai pas apprécié ce que tu as fait, j’ai trouvé ça totalement idiot”, dans les deux cas j’expose mon avis, mon jugement sur des comportements, et non sur son auteur. Ainsi, je ne mets pas à mal l’image de l’autre et je ne l’enferme pas dans mes propres jugements et attentes.

Anecdote

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